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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 19:30

Deux mois se sont écoulés depuis ma dernière intervention. Le premier tour de la présidentielle entre dans sa dernière semaine, dans six jours nous connaîtrons les qualifiés pour la grande finale. En ouverture de la représentation du grand cirque nous aurons eu droit à la parodie habituelle des 500 signatures, à l’élimination d’un ancien Premier ministre, au parrainage d’un sympathique martien et à la bombe atomique désamorcée d’un ancien ministre.

 

Douchés par l’expérience de 2002, beaucoup de médias, faisant excès de prudence, n’écartent pas une très improbable surprise, mais tous pensent que nous retrouverons le traditionnel combat droite gauche conforme à l’esprit de nos institutions et à la sociologie politique française.

 

Quel que soit le vainqueur notre pays paiera le prix d’une campagne électorale affligeante évitant d’aborder de front les vrais enjeux. Je redoutais ce rendez-vous manqué avec l’histoire, je pensais que, même dans une période aussi incertaine, le seul souci de la victoire prendrait le pas sur l’avenir. Je ne me suis pas trompé, j’ai eu raison de faire la pause sur mon blog attendant de pouvoir juger sur pièces, je ne suis pas déçu.

 

De nouveaux impôts qui ne rapporteront rien, des économies ridicules au regard des légitimes exigences de nos créanciers, voilà ce qu’opposent les deux favoris à la rapacité des marchés financiers qui gouvernent le monde, qui font et défont les gouvernements. En un mot c’est de la trahison, pire encore, du cynisme. Face à cette reddition en rase campagne le Parti de gauche nous propose de conduire frontalement la guerre contre la finance mondiale trouvant là le moyen facile, mais ô combien illusoire, de fédérer les légitimes mécontentements. Au final nous avons décidé de nous battre avec des sabres de bois contre un ennemi anonyme et surarmé qui, ne l’oublions jamais, finance notre armement... Impossible de dire aux banques de s’asseoir sur leurs créances, même dans l’euro la France ne peut tenir ce discours. Notre dette nous la paierons, jusqu’au dernier centime.

 

Cette dette nous colle aux doigts, elle nous interdit toute marge de manœuvre, nos poches sont remplies de monnaie de singe empruntée à nos enfants. La croissance ne se décrétant pas, il nous reste trois options pour revenir à l’incontournable équilibre : réduire drastiquement les dépenses, augmenter les impôts ou faire un mix des deux.

 

Je me demande si quelqu’un a compris quoi que ce soit aux chiffres annoncés par les candidats, personnellement non, même en tentant de me documenter. Entre le déficit actuel, les mesures proposées à Bruxelles pour les cinq années à venir, le maintien ou non de la TVA sociale en fonction des résultats électoraux, les nouveaux impôts à voter, les niches fiscales …  impossible de s’y retrouver. Comme ça c’est pratique personne n’y comprend rien, les élites décident pour nous et font donc au mieux, mais pour qui ?

 

Giscard à une époque venait s’expliquer au tableau, alors pourquoi pas nos candidats ? N’importe quel français est capable de comprendre en quelques minutes ce qu’est, globalement, le budget de la France, à condition toutefois de ne pas prendre le citoyen pour un zozo. Exercice difficile il est vrai pour les sortants d’expliquer que, grâce à eux, les seuls intérêts de la dette s’élèvent à 48,8 milliards d’euros alors que l'enseignement scolaire par exemple, représente 45,5 milliards …

 

Même confusion dans notre relation avec l’Europe un jour source d’espoir de redressement et le lendemain coupable de tous nos malheurs.

 

A croire que pour pouvoir nous berner plus facilement les candidats ont décidé de nous fâcher avec les chiffres et la géopolitique.

 

On annonce également, à droite comme à gauche, des mesures fiscales de circonstance inapplicables ou sans effet, taxer les français résidant à l’étranger, créer une tranche d’impôt à 75% dont on sait que le produit sera négligeable. Beaucoup de riches sont déjà partis, beaucoup risquent de les suivre …

 

J’attendais de cette campagne qu’elle aborde les vrais sujets d’avenir : le rôle et la place d’un Etat hypertrophié toujours plus coûteux, l’énoncé de règles inviolables sur la répartition de la richesse, la pérennité de notre protection sociale mise à mal par le puissant lobby médical, la lutte contre les déserts médicaux, la réindustrialisation, la réduction de notre dette abyssale…

 

Qu’ai-je obtenu comme réponses ?

 

La réforme du permis de conduire de Sarko, la viande Hallal de Marine, le gel provisoire des prix du carburant de Hollande, un cocktail de propositions futiles, indignes des enjeux. Parfois, transcendés par les officionados venus en masse comme hier place de la Concorde, nous avons eu droit à de grandes envolées lyriques mêlant Péguy, De Gaulle, Hugo mais, in fine, rien de concret. A ce petit jeu c’est incontestablement Mélenchon qui a été le meilleur. Homme de culture, tribun hors normes, pourfendeur du système bancaire, sauveur d’un PC en perdition il est devenu le sympathique trublion de la campagne tout comme le gentil Poutou devenu le chouchou des médias pour avoir dit qu’au fond tout ceci le faisait chier … Mais, hélas, même forts sympathiques, ils n’apportent aucune réponse sérieuse, la France n’est pas une île …

 

Rien non plus sur des mesures ayant le mérite de ne rien coûter : la suppression du cumul des mandats, la réduction du nombre de députés ou de sénateurs, la limitation des indemnités, le plafonnement des dépenses électorales.

 

                        Un seul candidat a osé parler de ces problèmes qui fâchent : Bayrou qui risque fort de réaliser un score inférieur à celui de 2007. A croire que dans notre pays le pouvoir politique est réservé aux démagogues.

 

                        Une fois de plus, avant même l’élection du nouveau président les médias évoquent le troisième tour social, la refondation des partis, les alliances, tous ces poisons démocratiques qui permettent d’éviter la question capitale de cette élection: quel va être le montant de la facture ? Qui va la payer ?

 

                        Triste campagne électorale qui ne dit rien sur notre avenir. Ce n’est pas le calendrier des travaux des premiers mois de mandature de Hollande qui nous éclaire, pas plus que les déclarations de Sarkozy sur la « France forte»

 

                        La situation est très grave, tout le monde l’avoue. Je n’en veux pour preuve que la prudence du candidat socialiste refusant de se transformer en pochette surprise, l’appel désespéré de dimanche de Sarkozy à la BCE et l’émergence de nouveaux produits de spéculation sur la dette française.

 

                        Attali a raison : nul doute que 7 mai au matin la France va se réveiller avec la gueule de bois et une sacrée gueule de bois.

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Published by Gérard Facon - dans politique
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commentaires

claverie jp 22/04/2012 10:48

oui gérard qui va payer la ruine désastreuse ou nous on conduit la droite et la gauche les citoyens qui agiterons des drapeaux le soir du 29 en signe de victoire déchanterons dans trés peu de temps
pour ma part je ne voterai ni pour les uns ni pour les autres mais un conseil sortez les parapluies les impots en tout genres vont nous tomber dessus dans le canton d'aspet le président de la
communautée des communes nous le dit clairement les ménages paieront plus d'impots jusqu'a quand ?

Mocaf51 21/04/2012 10:22

Bonjour,
Le journaliste Antoine Peillon, grand reporter au journal La Croix, vient de publier « Ces 600 milliards qui manquent à la France » (Seuil).600 milliards d’euros : c’est la vertigineuse somme
cachée depuis des décennies dans les paradis fiscaux, soit près de 10% du patrimoine des Français.

Comment cette évasion fiscale massive a-t-elle été rendue possible ? Pourquoi l’évasion de ce patrimoine fait-elle l’objet d’une telle omerta judiciaire, alors que les institutions de contrôle, la
police, la justice, la douane, les services de renseignements, en possèdent l’essentiel des preuves ?

Exploitant une somme impressionnante de données ultraconfidentielles, à l’issue d’une enquête fouillée, l’auteur de ce livre met pour la première fois au jour l’étendue, les circuits, les
mécanismes secrets de cette gigantesque fraude fiscale. Il montre quelles techniques sophistiquées – et parfaitement illégales – utilise une grande banque étrangère pour opérer sur le territoire
français, pour approcher les fortunes privées, celles du showbiz, du sport et des affaires.

Quel candidat, susceptible de l'emporter, osera mettre un coup de pied dans la fourmilière? Qui osera se mettre à dos les financeurs de leurs propres campagnes électorales aussi insipides que
coûteuses? La comptine enfantine "je te tiens, tu me tiens par ..." est ici illustrée par nos "illustres grands du régime et des médias".
Qu'ils s'en aillent tous!!

jp echavidre 16/04/2012 22:47

je partage totalement votre analyse très lucide de la situation. Nous avons eu droit à une campagne minable faites de fausses promesses, d'invectives et de coups tordus ou les seuls qui paraissent
un peu sérieux sont les fantaisistes de type Mélenchon ou Dupont Aignan. C'est affligeant mais malheureusement il nous faudra faire avec !..
je regrette encore un peu plus que françois Bayrou ait raté sa campagne sans doute mal conseillé, un peu sur de lui et toujours trops solitaire. Il a pourtant très bien analysé la situation de la
France, beaucoup mieux que tous les autres candidats. Il a proposé des solutions réalistes pour s'en sortir avec des efforts certes mais avec la certitude d'arriver au bout. Il a été emporté par
une vague de démagogie venant de tous les cotés et a, du coup pris des positions qui ne lui permettront même pas de peser sur l'issue du deuxième tour.
je le regrette d'autant plus que je pressent une querelle de partis dès le 7 mai quel que soit le résultat. Une querelle qui risque de prendre le pas sur la résolution de nos problèmes qui n'ont
pas diminué, loin de là, depuis le début de cette campagne.

JPE

Gérard Facon 17/04/2012 19:56



      Le problème posé est effectivement très impossible à résoudre, les français refusent de regarder la vérité en face ... Ils préfèrent imaginer que demain on rasera
gratis.


      C'est tellement plus rassurant mais ô combien plus dangereux.



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  • : La vie municipale et nationale examinée par un citoyen Lafittois.
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  • Gérard Facon
  •  Formation économique, juridique, banque, comptabilité publique. Diplômé de l'Ecole Nationale du Trésor.
 Trésorier Principal du Trésor Public  honoraire, Directeur d'études Caisse des dépôts,coopérant finances à l'étranger.
  • Formation économique, juridique, banque, comptabilité publique. Diplômé de l'Ecole Nationale du Trésor. Trésorier Principal du Trésor Public honoraire, Directeur d'études Caisse des dépôts,coopérant finances à l'étranger.

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