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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 19:39

C'était la dernière fois que les 45 millions d'électeurs français étaient appelés aux urnes avant l'élection présidentielle du printemps 2017. A 18 mois de cette échéance, 17 têtes de liste ont été élues ce dimanche 13 décembre dans autant de régions (13 en métropole et 4 outre-mer), une semaine après un premier tour largement favorable au FN.

Mais après une semaine de campagne âpre voire plus, une très nette hausse de la participation a rebattu les cartes d’un scrutin qui s’annonçait très ouvert.

En définitive, aucun camp n'aura pu crier victoire dans ces régionales. Le FN, même s'il a battu un record de votants, n'aura pu conquérir aucune région ; Marine Le Pen et Marion Maréchal Le Pen ont été balayées dans le Nord et en Paca. De leur côté, Les Républicains n'ont pas gagné autant de régions qu'ils le souhaitaient, et certaines ont été acquises grâce au retrait du candidat PS. Le PS, enfin, s'il est parvenu à endiguer la vague bleue, ne peut dresser un bilan positif, avec 5 régions en métropole, contre 7 dont Paris, pour Les Républicains de Sarko. Les seuls à pouvoir revendiquer la victoire sont finalement les indépendantistes corses dont le candidat a été élu à la tête de la région !

Les français se sont mobilisés pour dire Non au FN, ils ne veulent pas, et ne voudront jamais de la famille Le Pen. Le FN n’arrivera jamais au pouvoir faute d’alliance possible, rien ne sert donc de faire peur aux Français et de les contraindre à participer à la mascarade politique du moment.

Marine Le Pen peut encore «pourrir» notre démocratie en se qualifiant pour le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2017 contraignant, une fois encore, les électeurs à voter par défaut. Les postulants de 2017 l’on compris, la qualification pour le deuxième tour sera signe d’une victoire assurée. Nous serons donc contraints de rejouer 2002.

Le résultat d’hier est riche d’enseignements. Même dégoutés par la politique politicienne, les français savent se mobiliser lorsque la République est en danger. Les partis politiques sont totalement discrédités. Qu’on en juge :

- Trois régions ont été « abandonnées » à la droite par pur calcul,

- L’ile de France a été gagnée par la droite grâce au report des voix du FN,

- Les socialistes on bénéficié dans quatre victoires sur cinq d’une triangulaire,

- En dépit d’une excommunication solennelle du PS, le candidat socialiste qui s’est maintenu dans l’Est a conservé l’intégralité de ses voix et n’a pas empêché les opposants au FN de gagner.

Ce ne sont pas, comme ils pouvaient le penser, les partis qui ont sauvé le pays : mais les français qui ne veulent plus d’eux.

Tout le monde est d’accord, il faut tout reconstruire, revenir au traditionnel bipartisme clé de notre Constitution. Une idée commence à germer celle de la formation de deux camps, d’un côté les français d’ouverture décidés à se battre pour la compétitivité de notre pays et de l’autre les français de la fermeture recroquevillés autour de concepts dépassés comme la préférence nationale, la sortie de l’Euro ou le retour aux barrières douanières.

Reconstruire ne va pas être facile si quelques mesures simples mais douloureuses ne sont pas décidées. Lesquelles ?

1 Rénover le paysage politique.

Hollande comme Sarkozy doivent sortir du champ radar le la présidentielle de 2017. Les deux ont échoué, ils sont usés avant l’âge. Les deux n’ont pensé qu’à leur réélection se laissant guider par les sondages. Sarkozy par la danse du ventre de Besson auprès des électeurs FN. Hollande par les frondeurs du PS ou les écologistes s’interrogeant sur un seul point : sont ils plus dangereux dehors que dedans ?

Il faut modifier la représentation sociologique nationale. Dans les deux partis de gouvernement les ouvriers et commerçants représentent moins de 2% des élus. Notre Assemblée Nationale est, pour l’essentiel, composée de hauts fonctionnaires ou d’anciens attachés parlementaires prenant la succession de leurs patrons. Ils font le système, fort logiquement ils en profitent. La majorité d’entre eux ne connaît rien au monde du travail.

Que penser enfin du burlesque Bartolone faisant preuve d’un grand courage politique en remettant à la disposition du PS son mandat de Président de l’Assemblée Nationale sachant par avance qu’il sera reconduit ? Hypocrisie ou mépris de l’électeur ?

2 Parler vrai en politique.

En profitant opportunément de la possibilité pour le chef de l’Etat de s’exprimer devant les élus nationaux réunis en Congrès, Hollande a exploité une décision prise sous Sarkozy permettant au Chef de l’Etat de s’exprimer devant le Congrès. A l’époque, lui, leader de l’opposition, avait combattu vigoureusement cette idée. Pourquoi fallait-il donc réunir le Congrès alors qu’aucune décision constitutionnelle n’a été prise ce qui est sa raison d’être ? Pourquoi annoncer en décembre à la tribune de cette prestigieuse assemblée des mesures réclamées depuis janvier 2015 par l’opposition ? Le fin calculateur qu’il est a pu piéger son opposition en ne lui laissant aucune alternative, ceci devant l’enceinte la plus symbolique de notre République le Congrès réunissant tous les élus.

Parler vrai c’est aussi évoquer les engagements de campagne et les respecter, ce que n’ont fait ni Sarkozy ni Hollande sur des sujets majeurs comme « mon ennemi c’est la finance, le droit de vote des immigrés, la séparation des banques d’affaires et de dépôt ... » Pire encore, c’est aujourd’hui Hollande qui reprend l’idée de droite de déchéance de nationalité. Pourtant, dans l’opposition à Sarkozy, l’idée le faisait frémir, il y voyait une forme d’indignité nationale. Quant à Sarkozy, il a tellement sauté comme un cabri, changé si souvent d’idées qu’il est devenu un boulet pour son parti. Sans la moindre réserve il reproche à Hollande de faire en Syrie ce que lui a fait en Lybie … Aveuglés par le seul goût de la victoire les deux partis de gouvernement font une mauvaise analyse de la montée du FN.

Le danger est de définir, comme le souhaite Marine Le Pen, le FN comme le parti des exploités. Plus populaire et prolétarien que le PC au moment de sa splendeur, le FN c’est aujourd’hui l’idéal du marxisme, l’alliance du prolétariat et des classes moyennes contre les classes dirigeantes.

Inutile de tenter de le traiter de fasciste, ses électeurs ne sont pas des fascistes mais, trop souvent, des français plus désespérés qu’insurgés : un électorat naturel de la gauche.

Vous aurez certainement remarqué comme moi l’absence de Mélenchon durant toute la campagne…

Si nos dirigeants ne changent pas de logiciel, s’ils continuent de se satisfaire de partis politiques exsangues seulement destinés à assurer la «carrière» des barons, alors, s la vague bleue Marine deviendra une déferlante.

3 Rénover les partis politiques, modifier la Constitution.

Les militants désertent massivement les partis de droite comme de gauche. Ils ne comprennent plus rien. Il est vrai que certains Républicains partagent des valeurs économiques avec la gauche alors que d’autres se sentent plus proche du FN que de leur allié centriste. Devant une gauche déchirée, une droite accablée par les affaires judiciaires et une extrême droite devenue le premier parti politique, il est nécessaire de créer un véritable big bang institutionnel qui permettra le retour à une vraie démocratie. Il faut revenir au septennat pour ne plus voir le Président transformé en chef de parti, dirigeant le pays au «doigt mouillé», transformant le Parlement en institution fantoche. Souvenez-vous de Valls utilisant le 49.3 pour imposer la loi Macron à sa majorité !

Il faut revoir la représentation nationale. Dans les deux partis de gouvernement les ouvriers et commerçants représentent moins de 2% des élus. Notre Assemblée Nationale est pour l’essentiel composée de hauts fonctionnaires ou d’anciens attachés parlementaires prenant la succession de leurs patrons. Ils font le système, et, fort logiquement ils le protègent dans leur seul intérêt.

Il faudrait aller plus loin dans la règle du cumul des mandats en en limitant non seulement le nombre mais la durée. De la même manière, on devrait revenir à un septennat non renouvelable imposant ainsi plus de détachement au Chef de l’Etat sur la tambouille politique. Enfin, je souscris totalement à l’idée de Bruno Le Maire et de Valérie Pécresse d’imposer aux hauts fonctionnaires leur démission en cas d’élection. Là c’est certain, connaissant ce petit monde je suis convaincu que la vie politique y gagnerait en authenticité.

4 Restaurer la laïcité et renforcer la puissance publique.

En abandonnant la valeur laïque au FN, la gauche lui a permis d’en faire ses choux gras. Marine Le Pen a prononcé ainsi, le soir du premier tour, un discours conclu par une nouvelle devise républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité … et Laïcité.

Nul n’est dupe de la duplicité du Front National, capable d’invoquer la Loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat pour lutter contre le financement public des mosquées, et de la remettre en cause quand certains élus interdisent les crèches de Noël dans leurs mairies. Marion Maréchal Le Pen s’écarte considérablement de cette valeur de laïcité en faisant référence à 16 siècles de chrétienté qui obligeraient les musulmans à abjurer leur religion pour devenir français.

En réfutant par ailleurs toute forme d’amalgame il ne faut pas avoir peur des maux. Oui la France est en guerre contre les Salafistes, non contre les arabes et les musulmans qui ont toute leur place dans notre société. L’histoire ne peut oublier le sacrifice de leurs ancêtres qui ont souvent versé leur sang pour la France. En 1914-1918 ce sont environ 200 000 « Sénégalais » qui se battent sous le drapeau français, dont plus de 135 000 en Europe. Environ 15 % d'entre d'eux, soit 30 000 soldats, y ont trouvé la mort (sur un total de 1 397 800 soldats français morts durant le conflit soit plus de 2% des pertes totales de l'armée française) et beaucoup sont revenus blessés ou invalides2..

L’immigration, d’où qu’elle vienne, quelle qu’elle soit, voilà pour le FN la cause de tous nos maux. En fait, à l’entendre, si les français avaient la bonne idée d’élire Marine Le Pen, la France retrouverait immédiatement la prospérité, offrirait du travail à tous ses enfants et permettrait aux braves gens de dormir fenêtres grandes ouvertes. Les vigiles disparaîtraient, les systèmes d’alarmes mis au rebut… Démagogie démontrée par de nombreuses études sociologiques, l’immigration peut, correctement maîtrisée, être une chance pour un pays.

Que de chemin parcouru depuis le jour où JP Chevènement alors ministre de l’intérieur avait qualifié certains jeunes des banlieues de «sauvageons» A l’époque ce propos avait été jugé intolérable par la droite. Aujourd’hui les sauvageons sont devenus des dealers, des assassins, exportant leurs incivilités et leurs pratiques dans nos villages ruraux. Voilà à quoi a pu conduire une politique jugée rassurante pour le peuple.

Il faut séparer le bon grain de l’ivraie, punir sans faiblesse. Mais comment faire quand plusieurs milliers de condamnés sont en liberté faute de place dans les prisons ? Comment ne pas exacerber les français par une politique sécuritaire consistant à punir plus sévèrement un excès de vitesse qu’un vol ? Une politique sécuritaire plus lisible ne me semblerait pas forcément attentatoire à la liberté.

Là aussi Marine Le Pen l’a compris la sécurité est sa priorité.

5 Simplifier la France, chasser le gaspi.

Le chômage est un vrai cancer pour notre démocratie, il conduit à tous les désespoirs, tous les excès, toutes les violences. Il est, pour l’essentiel, indifférent aux choix de politique intérieure. Hollande en a fait sa priorité, le marqueur de son quinquennat, il devrait donc «tout oser», ne pas s’en tenir aux recettes habituelles le plus souvent concoctées par des gens qui ne connaissent rien à l’entreprise qu’elle soit petite, moyenne ou grande.

Il faut cesser de torturer les statistiques, de réformer sans cesse Pôle emploi ou les circuits de formation, de tenter de cacher les réalités en dégraissant les fichiers.

Il faut savoir s’inspirer des modèles qui fonctionnent, ne pas faire du code du travail un totem, de la représentation syndicale une valeur intouchable. Mais le patronat doit prendre toute sa part en prenant les risques qui sont les siens. A quoi servent les 18 milliards d’euros versés dans le cadre du CICE ?

Il faut simplifier la France, cesser de voter des textes imbéciles qui emmerdent les français (dixit Pompidou). Ils sont d’ailleurs si nombreux que beaucoup tombent en désuétude avant même d’avoir été appliqués. Un exemple, qu’est devenu le dossier médical individuel qui a coûté si cher ? Personne n’en parle, les médecins non plus d’ailleurs.

Il faut supprimer purement et simplement tous ces organismes inutiles qui travaillent peu mais paient très bien et qui sont seulement destinés à caser ses amis politiques.

6 Il faut redonner l’espoir à notre jeunesse, revaloriser la notion de travail.

L’ascenseur social est en panne, il ne monte plus, bien au contraire, il descend toujours plus bas. Notre jeunesse en est la première victime, diplômée ou non, elle vit d’expédients, de petits boulots. Elle ne croit plus en rien. Ni aux promesses de François Hollande qui en avait fait sa priorité, ni à l’Europe, coupable, selon eux de la désorganisation du marché du travail et de la mondialisation. Les jeunes votent à mois de 50% et, lorsqu’ils le font, c’est pour voter en masse pour le FN. Pourquoi ? Parce qu’il leur vend des idées séduisantes mais totalement irréalistes comme les étrangers volent votre travail et vos logements. Là aussi les partis de gouvernement n’expliquent pas assez, et avec des mots simples, l’incohérence du discours économique du FN.

Notre jeunesse est également victime de tous nos abus et notamment du cadeau empoisonné que nous allons lui léguer avec notre dette vertigineuse.

Cette jeunesse c’est la force de notre pays, son espoir, la tradition de vie à la Française dont l’importance n’a pas échappé à Daesh qui, le mois dernier, en a fait sa cible. Il faut lui donner des repères, lui faire comprendre qu’il ne faut pas être fataliste mais qu’on ne peut pas non plus tout attendre des aides sociales.

7 Penser au monde rural.

Dans un rapport récent, Hervé Le Bras, sociologue, n’hésite pas à affirmer «que plus on habite loin d’une gare SNCF et plus on vote FN»

Dans de nombreuses régions de France le sentiment d’abandon ne cesse de se développer. Commerces et services publics ont déserté faute de rentabilité. Les moyens de transport inexistants, ou réduit à la portion congrue, exigent, pour chaque foyer, de posséder un véhicule. Ce moyen de transport coûte cher, trop cher pour certains. Plus grave encore certains ne disposent pas d’un permis de conduire ou ne peuvent plus conduire. Pour les personnes âgées cette situation est souvent dramatique et indigne de notre pays.

L’habituelle solidarité du monde rural n’existe plus. Entre les retraités et les populations jeunes fuyant la ville en raison de la cherté des prix, peu de choses les rapprochent.

Il serait grand temps de consacrer à ce monde rural une partie des dizaines de milliards d’euros dépensés, chaque année, souvent en vain, pour nos banlieues. Il faut verser des aides aux commerçants du monde rural, leur consentir des exonérations fiscales. Et pourquoi pas imposer aux grandes chaînes de distribution des implantations certes économiquement non rentables mais socialement indispensables. Leurs profits c’est NOUS.

Là aussi, le score étonnant du FN en monde rural est symptomatique d’un malaise chez une autre génération.

Voilà quelques actions peu coûteuses qui pourraient permettre de faire reculer la propagande mensongère du FN.

Au travail mesdames et messieurs. Cette semaine vous avez été plus minables que jamais.

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Published by Gérard Facon
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  • : La vie municipale et nationale examinée par un citoyen Lafittois.
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  • Gérard Facon
  •  Formation économique, juridique, banque, comptabilité publique. Diplômé de l'Ecole Nationale du Trésor.
 Trésorier Principal du Trésor Public  honoraire, Directeur d'études Caisse des dépôts,coopérant finances à l'étranger.
  • Formation économique, juridique, banque, comptabilité publique. Diplômé de l'Ecole Nationale du Trésor. Trésorier Principal du Trésor Public honoraire, Directeur d'études Caisse des dépôts,coopérant finances à l'étranger.

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